Bild-Essays

Ausgabe 12

Graffitis

Ecriture d'une jeunesse en mouvement à Bamako

Seite 172
Françoise Grange Omokaro

Le mode d’écriture et de représentation visuelle des graffitis est à la fois signifiant et cryptique. Il «dévoile» une forme d’expression dans l’espace public et révèle ainsi une entité sociologique que l’on appelle la jeunesse. En même temps il «voile», à la façon de l’œuvre d’art, les intentions de ses auteur·e·s et il faut alors tenter un déchiffrage de cette esthétique populaire pour mettre à jour les constructions identitaires qui fondent cette culture de la rue. Dans cet essai, je présente une démarche de décodage des graffitis de la jeunesse de la capitale de Bamako au Mali.

C’est également sur ce paradoxe que va se faire la rencontre entre les graffitis et l’ethnologue à l’occasion d’une recherche sur les stratégies amoureuses et sexuelles des jeunes Bamakois·e·s. Nous sommes en été 2005, je marche dans un quartier périphérique de Bamako pour me rendre à des entretiens avec des acteurs locaux. Sur le chemin se dresse le mur d’enceinte d’une Institution spécialisée pour enfants handicapés et je l’aperçois couvert de graffitis. Je m’approche, curieuse de découvrir cet entrecroisement de textes et de dessins. Je me trouve alors dans la posture du déchiffrage évoquée plus avant. Comme devant un tableau, mon regard va du détail à l’image d’ensemble, l’un informant l’autre. Certains signes sont très nets, d’autres à demi effacés par le temps et les intempéries. Peu à peu je commence à lire ces graffitis: je repère des prénoms, des signatures, des noms de groupes de musique, des images évoquant romantisme ou violence. Tout cela a bien à voir avec ma recherche! Je sors alors mon appareil photo pour immortaliser ce corpus qui ira rejoindre les autres données.