Dossier

Ausgabe 12

«Faire l'île d'Yeu» ou les limbes de la parentalité

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Fernanda Bittencourt Ribeiro

C’est en réalisant une recherche ethnographique (2000– 2002) auprès d’un service appartenant au système français de protection de l’enfance, que j’ai fait connaissance des enfants, des femmes et des travailleurs sociaux qui seront référés dans cet article. Pour les premiers, ce service est un lieu de résidence provisoire où, pendant une période qui peut varier de quelques mois à plusieurs années, ils sont suivis quotidiennement par une équipe éducative. Les enfants (jusqu’à treize ans) y sont placés par mesure administrative ou judiciaire et accompagnés d’un des parents puisque l’association définit comme population cible de son intervention les familles dites monoparentales en difficulté. Une dernière caractéristique particularise davantage ce service: il s’agit du fait qu’il est situé sur une des îles de la côte ouest de la France – l’île d’Yeu – de sorte que la résidence dans l’institution sous–entend un déplace- ment pour ces familles venues, pour la plupart, des cités de la banlieue parisienne. Et de fait, la topographie de ce lieu d’accueil produit, avec le milieu social d’origine, une coupure plus marquée que dans d’autres contextes, ce qui renforce l’aspect de marge que revêt ce cadre où s’enchevêtrent l’espace géographique de l’île et l’espace institutionnel.