Dossier

Ausgabe 12

Postface

Grossesses « extra-ordinaires » et grossesses « normales » aux XIIIe - XVe siècles

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Didier Lett

A Burgos, en 1386, âgée de 10 ans, la duchesse Marie de Berry (fille du duc de Berry et de Jeanne d’Armagnac, nièce du roi de France, Charles V) épouse Louis de Châtillon, comte de Dunois qui décède cinq ans après. En 1392, âgée de 16 ans, elle se remarie avec Philippe d’Artois, comte d’Eu qui meurt en 1397 en lui laissant quatre enfants (nés entre 1394 et 1397). En 1400, en troisième noces, elle épouse Jean 1er, duc de Bourbon. Le couple a trois enfants. Jean est fait prisonnier par les Anglais à la suite de la bataille d’Azincourt (1415) et meurt en captivité en 1434 sans jamais avoir revu Marie qui décède, elle aussi, la même année. Primipare à 18 ans, sept fois enceinte, trois fois séparée de ses époux successifs par la mort ou par la guerre, peut-on dire que Marie a connu des grossesses extraordinaires? Non car son exemple n’a rien d’exceptionnel dans les derniers siècles médiévaux. Comme le montre l’ensemble des contributions de ce numéro, la notion d’extraordinaire appliquée à la grossesse est une valeur très relative. Une grossesse peut même être jugée marginale à l’échelle d’un pays et normale à l’échelle d’un quartier (Tillard). Chaque société ou micro- société, en effet, élabore ses normes et ses marges par rapport à la grossesse, preuve que ce processus qui transforme une femme en mère n’est pas un fait biologique mais une construction variant dans l’espace et dans le temps.