Rezensionen

Ausgabe 12

Un métier sans avenir?

La Grande Transformation de l'agriculture suisse romande

Droz Yvan et Jérémie Forney. 2007. Paris: Karthala / Genève: IUED.

Seite 166
Jacques Remy

Confier la recension d’un ouvrage sur l’agriculture suisse à un chercheur français, même doté d’une grand-mère native du canton de Vaud, c’est courir le risque, au pis de l’exotisme, au mieux d’un comparatisme de circonstance. Pris entre ces deux écueils, le lecteur français éprouve ainsi la lointaine proximité de l’agriculture suisse comme sa proche altérité.

L’ouvrage s’ouvre par une sévère critique de la sociologie rurale suisse, ou plutôt par le constat de sa disparition, ce que tempère quelque peu la consultation de la bibliographie. Mais la sociologie a-t-elle besoin d’être «rurale» pour prendre comme objet la population agricole et son champ d’activité? La spécificité de la paysannerie est-elle irréductible aux approches par la sociologie des professions, du genre, de la culture, du travail... et par les disciplines sœurs, l’ethnologie et l’anthropologie, l’histoire et la géographie sociale? Les débats anciens sur les rapports ville- campagne ont-ils été éclairés ou de fait éludés par l’approche ruraliste? Sans renier une appartenance personnelle à l’ARF (Association des ruralistes français) et à la SFER (Société française d’économie rurale) – on préférerait «francophones» à «français» –, il nous semble que le domaine des études rurales constitue plus un espace de sociabilité entre chercheurs de disciplines différentes qu’un champ disciplinaire spécifique. Le goût prononcé des ruralistes pour l’échange et la rencontre interdisciplinaires trouve sans doute sa source dans la richesse et la complexité des groupes sociaux qu’ils observent, affinités puissamment renforcées par l’attachement partagé pour les pratiques d’enquête de terrain; il faudrait sans doute y ajouter une touche, ancienne, de nostalgie agrarienne et, plus récente, de rusticophilie écologisante...