Laufende Forschungen

Ausgabe 16

Le monde privé des classes populaires

Le jardin familial comme poste d'observation privilégié

Seite 159
Arnaud Frauenfelder, Christophe Delay, Laure Scalambrin

On sait que les jardins familiaux, qu’on appelait autrefois jardins «ouvriers», représentent un dispositif de régulation sociale des populations qui trouve son origine dans les mutations provoquées par l’évolution industrielle à la fin du XIXe siècle. S’inscrivant dans le cadre des réponses apportées à la question sociale, ce potager agrémenté d’un cabanon est le résultat de l’invention d’un dispositif philanthropique particulier visant à fixer des populations mobiles et déracinées, ouvriers d’origine agricole, émigrés de leur région ou de leur pays, la terre ne les nourrissant plus. Depuis leur émergence, les fonctions attribuées aux jar- dins n’ont cessé d’évoluer selon les contextes économiques, politiques, sociaux. Initialement liés à des préoccupations hygiéniques (le grand air contre les miasmes), diététiques (les légumes contre l’alcool), économiques (un passe-temps qui rapporte), politiques et morales (un groupe de familles ouvrières contre un groupe d’hommes ouvriers), les jardins familiaux sont depuis les années 1980 associés dans tout un ensemble de discours officiels à des préoccupations urbanistiques et écologiques (composante actuelle des «espaces verts»), qui peuvent aussi conjuguer souci esthétique et actions de réinsertion sociale (Weber 1998: 62).